Comment as-tu eu vent de l'annonce d'emploi du Grill ?

C'est très simple : depuis juillet, je cherche un boulot et un des trois ou quatre sites dont je consultais régulièrement les annonces était celui de l'OGACA. C'est là que j'ai vu que le Grill cherchait un chargé de mission.

Qu'est-ce qui t'intéressait dans cet emploi ?

Il y a quelques années, si l'on m'avait dit : "ton premier emploi sera d'organiser des rencontres et de bosser avec des auteurs de BD", je pense que je ne l'aurais pas cru.

Et quand j'ai vu que c'était possible, je me suis dit : "il faut y aller!"

Ce qui m'intéresse est d'une part, l'illustration et la BD qui sont une de mes passions dans la vie et d'autre part, la fonction de chargé de mission, un peu touche-à-tout…Faire le lien entre de nombreux acteurs et partenaires est le travail que je souhaitais faire, si possible dans le milieu culturel. Donc, pour moi c'était vraiment le poste sur mesure… en tout cas pour commencer.

Quel est ton regard sur notre profession ?

Cette question est un peu dure… Je prendrais pour exemple mon expérience avec cette journée de rencontres entre des auteurs de BD (notamment Boulet, Pierre Duba, Joseph Béhé et le collectif des Troglodytes) qui avaient tous comme point communs de sortir des Arts Décos de Strasbourg. J'ai l'impression que ça leur a plu. Ils m'ont rapporté par la suite qu'ils avaient apprécié que je ne fasse pas le fan typique qui se jette aux pieds de ses auteurs favoris, je ne leur ai pas demandé de dédicaces à la fin. Donc, pour en revenir au regard que je porte sur votre métier… 

J'ai beaucoup d'admiration pour les gens qui arrivent à parler avec le dessin, je suis moi-même un piètre dessinateur. J'ai beaucoup d'estime pour les illustrateurs et les gens qui font des bandes dessinées… J'en lis beaucoup et j'essaie d'aller voir beaucoup d'expos.

Tu as une culture, un bagage solide au niveau de l'image ?

Alors, je suis bédéphile donc de ce côté-là oui, je pense. Après au niveau de l'illustration, j'ai plus de lacunes. Je m' y intéresse un peu mais ce poste est aussi l'occasion de découvrir d'autres auteurs. Les expériences que j'ai eu étaient toutes bonnes. Je sais que Le Grill est composé à 90 % d'illustrateurs et 10 % d'auteurs de BD, donc je pense que je vais vite découvrir beaucoup de choses… Au niveau du travail en lui-même, je pense que j'aurais le même plaisir à travailler pour différents types de créateurs.Mettre en place des conférences, trouver des partenaires, les ateliers, des choses comme ça… qu'on soit illustrateur ou auteur de BD, je pense que le fond reste le même.

Comment vois-tu ton futur travail au sein du Grill ?

Il y a un certain nombre de choses qui attendent qu'il y ait un chargé de mission pour les faire, un tas de papiers à éplucher ou de factures à trier qui attendent, j'imagine, dans une grosse corbeille en plastique, qu'il faut maintenant  ranger dans des gros classeurs à levier pour que ce soit archivable, ce genre de choses.

Dans un premier temps, ça va être mon environnement de travail.

Après il y a un gros travail de prise de contact avec les membres de l'association, avec les adhérents, voir aussi quels sont les projets du bureau. Il y aura aussi un travail de prospection à faire, appeler les différentes structures qui peuvent être partenaires, chercher des sponsors, faire un certain nombres de tâches prévues depuis longtemps que vous n'avez plus le temps de faire parce que vous bossez. Finalement, je vais être cette soupape qui est là pour faire le travail que vous n'avez plus le temps de faire en bénévolat. Dans un deuxième temps, et c'est surtout ça qui me plaisait beaucoup dans le poste de chargé de mission, une fois que la machine sera lancée, je pourrai prendre des initiatives, faire des propositions. Après, même sur certains projets déjà lancés, y amener un peu ma patte, en discuter avec vous et avec les adhérents.

Finalement je pense que le Grill a un côté "boîte à outils", surtout pour ce qui est de la professionnalisation de ses membres.

Je vois vraiment ça comme la création petit à petit d'une sorte de centre référent en Alsace pour les illustrateurs et pour les auteurs. Créer, étape par étape, morceau par morceau, annexe par annexe, une sorte de centre, qui fasse à la fin un tout : qu'il y ait un coté juridique, un coté évènementiel, de faire même en sorte qu'il y ait d'autres salariés, qu'on travaille plus que trois jours par semaine… mais là c'est du long terme.

As-tu des projets, des envies pour le Grill ?

Ce que j'aime beaucoup dans mon travail, c'est de partager cette passion justement, qui est au départ la bande dessinée, mais qui va devenir aussi l'illustration par la force des choses, (et j'en suis bien heureux !).

C'est de faire découvrir ça à des gens, c'était vraiment l'axe que j'avais choisi quand j'avais fait cette journée de rencontres avec des auteurs en mars 2008. Ce n'était pas du tout une rencontre que je faisais pour moi, il y a une centaine de personnes qui sont venues, et que je ne connaissais pas ; le but était de faire partager ce moment avec le public. Donc mes idées pour le Grill seraient plutôt celles qui vont vers l'action évènementielle. Pour ce qui est professionnalisation des auteurs, c'est nécessaire et les auteurs en ont apparemment bien besoin : dans leur formation ça n'a pas l'air d'être une pierre principale de l'édifice. Mais ce qui me ferait vraiment plaisir serait de travailler sur des mises en relations entre différents partenaires pour créer des moments de rencontres avec le public. Je sais que par exemple dans ma journée de rencontres, j'aurais bien aimé faire quelque chose en relation avec certains cinémas de Strasbourg. Pierre Duba qui a fait des films était un des auteurs invités et j'aime beaucoup faire des passerelles justement : entre l'illustration et le cinéma, l'illustration et la photo, (je pense par exemple à Bilal et ses photos retouchées), je pense qu'il y a vraiment moyen de faire discuter les arts entre eux et de faire discuter les auteurs avec leur public, c'est ce qui me donne envie de travailler, de faire parler entre elles des choses qui ne se parlent pas d'habitude, ou qui sont chacune dans leur coin.

Où va ta préférence en matière d'illustration ?

D'illustration, de bande dessinée ? D'images en général alors.

Il y a quelque chose que je me dis souvent : et s'il y avait un livre à garder, quel serait-il ? Ou un auteur à garder ? S'il y avait un héros à garder ce serait Corto Maltese. J'aime beaucoup son coté rêveur et solide à la fois.

S'il y avait un album de bande dessinée à garder ce serait "Arctic-Nation", le tome deux de la série "Blacksad", de Canales et Guarnido, pour le coté suspens, pour l'ambiance et le mouvement qu'il y a dans le dessin. Après en terme d' illustration à proprement parler, j'ai découvert Saul Steinberg grâce à l'exposition au Centre International de l'illustration Tomi Ungerer et c'est un bon premier pas d'après moi vers l'illustration pure parce que c'est un des illustrateurs apparemment qui n'a pas été suffisamment connu ou reconnu et qui pourtant a encore un impact non négligeable sur l'illustration. Ce que j'aime bien chez Steinberg, et de manière générale ce que j'aime beaucoup dans l'illustration ou la bande dessinée, ou même dans la photo, c'est l'insolite. Dans la revue Courrier International, je commence toujours par lire les pages insolites de la fin, où l'on dit des petits choses marrantes de tous les jours. Quand je fais de la photo, j'aime bien réussir à saisir quelque chose de quotidien ou des petites scénettes qui interpellent. J'aime le travail de quelqu'un qui va me faire penser à des souvenirs personnels, à d'autres livres ou même à d'autres auteurs, (toujours cette histoire de passerelles). J'aime qu'il y ait des liens entre plusieurs domaines, mes préférences vont vraiment vers les auteurs ouverts vers d'autres auteurs, d'autres domaines. Si c'est fait dans cette optique là, ça a des chances de me plaire.


Lien vers  Au Fil’actère du Rhin 2008, la manifestation organisée par Emmanuel Castanié.